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La jalousie de Devadatta

(Jataka)

Le Bouddha était en train d’expliquer le dharma à ses disciples, qui l’écoutaient avec la plus grande attention. Au nombre de ceux-là figurait un homme nommé Devadatta, cousin du Bouddha.


Bien qu’il eût pris l’enseignement du Bouddha, il était dévoré par une jalousie féroce à son égard, et quand la communauté des moines lui recommandait de faire preuve d’un peu plus de sagesse, il s’y refusait obstinément. Cette opiniâtreté à vouloir mépriser le Bouddha interrogea les autres moines.

« Ainsi-venu, dites-nous pourquoi Devadatta vous hait à ce point.

– En vérité, répondit le Bouddha, ce mépris remonte à un temps extrêmement lointain, un jour que Devadatta sema une puissante graine de colère. A cette époque, il existait un roi dont la fille faisait, par sa beauté extraordinaire, la fierté du royaume. Comme il désirait que cette princesse prît pour époux l’homme le plus sage et le plus cultivé du pays, il organisa un grand débat qui devait durer trois mois et durant lequel chaque candidat devrait, pour résoudre les problèmes qui lui seraient soumis, faire montre d’une grande sagesse. Un demi-millier d’hommes y participa. Alors qu’approchait la fin du concours, l’on reconnut qu’un vieil homme avait su triompher de toutes les difficultés et qu’il avait résolu tous les problèmes qui lui avaient été soumis. Une autre difficulté cependant se posa : cet homme était âgé et convenait mal à la princesse, d’autant plus que sur son visage se dessinaient sans cesse les traits de la colère. La princesse elle-même refusa catégoriquement de l’épouser. Sur ces entrefaites survint un bel homme, remarquablement cultivé et rempli de compassion pour tous les êtres. Or, quoi qu’il fût introduit tardivement dans le débat, il vainquit tous ses adversaires par sa sagesse, y compris même le vieillard. Ce dernier avait donc été battu au dernier moment par le jeune homme. Un regard suffit alors à la princesse pour s’éprendre du vainqueur. Aussi, le vieillard se rendit auprès de lui et lui tint ces propos :

« J’étais le gagnant de ce débat. La princesse me revenait donc de droit. Vous arrivez, et me la prenez. J’exige par conséquent de récupérer celle qui doit devenir mon épouse ! Prenez donc toute ma fortune si vous le souhaitez, pourvu que vous me laissiez la jeune princesse.

– Je regrette, répliqua le jeune homme, mais ce ne sont pas les règles : j’ai été classé premier de ce concours, je suis donc le seul à pouvoir devenir son époux légitime.

– Comment osez-vous ? réagit violemment le vieillard. Comment osez-vous traiter un homme qui a trois fois votre âge, alors que vous lui devriez le plus grand respect ?

– Je vous respecte, mais je respecte également les règles, et les règles m’ont indiqué comme le vainqueur de ce débat. C’est donc à moi d’épouser la princesse, et à nul autre.

– Très bien, très bien, fit le vieillard. Puisque tu m’as humilié, puisque tu m’as pris ce qui me revenait légitimement, apprends donc que, désormais, je serai ton plus grand ennemi. Je te ferai autant de mal que mon pauvre corps et mon esprit t’en pourront faire. »

Voyez-vous, reprit le Bouddha, cet homme âgé porte aujourd’hui le nom de Devadatta, cependant que le vainqueur du débat était une de mes vies passées. Quant à la princesse, elle devint la femme que j’épousai dans cette vie. Pour ce qui est de Devadatta, aussi longtemps qu’il sera dévoré par la jalousie et la haine, il continuera de s’en prendre à moi. Mais sitôt qu’il aura su s’en libérer, il deviendra un bouddha à son tour. »

La colère et la jalousie sont sources de nombreux problèmes. Les personnes jalouses, parce qu’elles se comparent à d’autres, développent par là un sentiment d’infériorité qui les fait souffrir. Dans le bouddhisme, nous apprenons à observer notre propre pensée. Sans ce travail d’introspection, nous nous attachons aux retours de nos bonnes actions et nous privons de la possibilité un jour d’atteindre l’état de bouddha.

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