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La pratique (3)

Le pratiquant doit rester détaché, par exemple, des plaisirs gustatifs, vestimentaires ou de la réputation. Ainsi se détachera-t-il de la forme, du son, de l’odeur, du goût, du toucher et de tous autres dharmas. Partant, il rencontrera dans la vie beaucoup moins d’obstacles et verra s’améliorer rapidement sa pratique. L’esprit du moine qui se contente de peu et mène une vie de simplicité attirera à lui la confiance et le respect d’autrui, qui le jugera digne d’être un maître spirituel. Et, de fait, il sera en mesure de libérer les êtres sensibles et de se libérer lui-même.


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  Il nous faut accepter cette idée que l’endurance et la patience permettent d’obtenir les mérites. Notre pratique est imprégnée de ces vertus : si nous travaillons avec rigueur, le cœur patient, le nombre de nos mérites s’accroît. C’est pourquoi les mérites que nous obtenons sont tributaires des efforts que nous fournissons : nul autre que nous ne peut nous les faire obtenir.

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  Que nous soyons en train de méditer, de réciter le nom du Bouddha ou que nous pratiquions le bouddhisme zen, nous sommes attachés à notre moi, et notre pratique nourrit cet attachement. Si nous entretenons cet attachement, nous entretenons une illusion qui, nous paralysant, nous empêche de nous approcher de la libération. Nous sommes semblables à un morceau de bois invariablement immobile depuis un millier d’années. Nous ressemblons à un caillou que l’on mettrait à cuire dans l’idée absurde qu’il pourrait, un jour, devenir un grain de riz comestible. Nous sommes comme les pierres, qui ne connaissent rien de la vie et de la mort. Il convient donc de ne nous attacher à aucun dharma, quel qu’il soit. Que nous soyons immobile, assis, allongé ou en train de marcher, notre esprit, quand il est détaché, est absolument pur, délesté du souci de la comparaison. Il nous est possible alors de sortir des trois mondes et du cycle des réincarnations.

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  La vie est pareille à un feuilleton télévisé : chacun y joue son rôle, et selon le scénario, nous vivons des rencontres ou des séparations qui induisent en nous certaines émotions de joie, de colère, de tristesse ou de bonheur. Mais, en vérité, toutes ces émotions ne sont que des jugements qui traversent notre esprit. C’est ainsi que nous fonctionnons sur cette terre, dans la vie telle que nous la connaissons.

Certaines périodes de l’existence nous paraissent faciles, d’autres difficiles. Nous réalisons parfois de bonnes choses, parfois de mauvaises. Il nous arrive d’être très sages ou, au contraire, de manquer profondément de sagesse. Nos états d’esprit ne cessent, d’une situation  l’autre, de changer. Nos habitudes elles-mêmes nous suivent depuis des temps immémoriaux. Bien que nous sachions que certaines d’entre elles sont mauvaises, nous les suivons envers et contre tout. Quant aux habitudes qui pourraient être bonnes, qu’elles ne nous plaisent pas, et nous ne nous y engagerons pas. Nos habitudes déterminent ainsi nos choix.

Lorsque nous prenons connaissance de la vie des bodhisattvas ou du Bouddha, de ceux qui sont capables de vivre les choses les plus intolérables, les plus impraticables, il nous vient immédiatement à l’idée que ce type d’existence ne nous est pas destiné. Cela ne nous donne pas alors le goût, l’envie de progresser. Nous éprouvons, certes, une grande admiration pour la vie de ces êtres, mais nous n’en tirons pour nous-mêmes aucun enseignement. De cette manière, nous continuons de cumuler de mauvais fruits karmiques. Ainsi pensent les gens ordinaires, qui manquent sur ce sujet de persévérance et d’envie.

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  Quiconque, dans cette vie-ci, est fortuné et réputé, cela signifie que, durant des vies antérieures, cette personne a pratiqué la générosité. Si nous faisons par ailleurs un usage intelligent de nos fruits karmiques positifs, que le courant de l’impermanence ne nous envoie pas d’obstacles, nous oublierons très vite la nécessité de continuer de pratiquer.

Pour ceux qui ont un bagage karmique en partie positif, leurs karmas positifs vont apparaître d’abord, avant que les karmas négatifs se manifestent à leur tour et retiennent les individus dans le cycle des réincarnations.

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  La pratique consiste à aider autrui, car l’aide que nous apportons aux autres est un service que nous rendons à nous-mêmes. Il s’ensuit alors que nous dépassons les limites dans lesquelles nous nous enfermons d’habitude et que nous apprenons à nous affranchir de l’attachement qui nous lie à notre ego. C’est également un moyen de nous libérer des illusions et des trois poisons que sont l’avarice, l’ignorance et la colère. Tout ceci contribue à nous rapprocher de la libération et de notre rencontre avec notre vrai moi et l’infini état de samādhi où il se trouve.

Mais, si nous prenons pour prémisse d’aider tous les êtres à sortir de la souffrance, nous en pouvons déduire qu’une telle attitude nous assure naturellement de rencontrer moins d’obstacles et d’agrandir notre ouverture d’esprit.

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