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Tout est ta faute !

(Extrait du livre « Une Autre vie au Tibet » publié par l’association du Vrai Cœur)

Qui veut entretenir de bonnes relations avec autrui doit mener un travail approfondi. Je ne connais pas un seul couple qui ne se soit jamais querellé. Nombreuses sont les personnes qui, ces dernières semaines, se sont adressées à moi pour se plaindre de leurs compagnons ou de leurs collègues. « Tout est sa faute », me disent-ils le plus souvent.
Lorsque, enfant, je participais à des compétitions d’arts martiaux, il m’arrivait de me demander si je pouvais venir me plaindre auprès de l’arbitre de ce que mon adversaire m’avait administré un coup que je jugeais inapproprié ou qu’il avait utilisé une technique qui m’était alors inconnue.

Et je me demandais encore si j’avais le droit de me plaindre parce qu’il n’employait au combat que sa main gauche ou qu’il ne recourait qu’à un seul coup de pied. Etais-je même autorisé à demander à mon adversaire de demeurer immobile afin que, à l’abri désormais de toute possibilité de recevoir des coups, je puisse, de mon côté, lui envoyer librement les miens ? La réponse est évidente à tous. Non, bien entendu ! Si je reçois un coup, j’en suis le seul responsable. Je peux me dire à part moi que la cause en est mon manque d’entraînement. Si l’on m’a mis KO, la plus saine attitude consisterait sans doute à me dire qu’il vaut mieux que je continue de m’entraîner ! Jamais on ne peut faire porter la responsabilité de ses propres blessures sur l’autre et lui dire ces quatre mots : « tout est ta faute. » Il en va des arts martiaux comme de la vie. Il arrive à tout un chacun de tomber. Or, celui qui chute peut-il accuser l’autre d’avoir préparé le terrain à cause duquel il est tombé ? Si l’autre ne suit pas les règles comme nous voudrions qu’il le fasse, quelle légitimité avons-nous de nous en plaindre et de le rendre coupable de ce que nous en souffrons ? La responsabilité de nos souffrances en incombe-t-elle aux autres ? Non, évidemment !

Sur ce sujet, le fait de tomber, d’échouer est, dans la vie quotidienne, une source importante d’enseignement, dans la mesure où il nous permet de mesurer nos limites et de cerner nos points faibles. Pour un sportif de haut niveau, l’échec est une clé qui lui apprendra à obtenir plus tard le succès qui lui échappe encore. Il faut apprendre à échouer, à accepter l’échec, à identifier nos faiblesses, afin que nous puissions alors acquérir davantage d’expérience et repartir du bon pied. Sans échec, il n’est pas de progrès possible.
« Un commerçant qui fait faillite n’est pas pressé de reprendre son affaire » dit un dicton taïwanais. Le commerçant en question va d’abord s’assurer qu’il n’y a rien autour de lui qu’il puisse récupérer et vendre par la suite. Et puis il se redresse très lentement. Ah ! Comme j’aimerais être un tel commerçant !

Un pratiquant bouddhiste qui accède à un état de méditation s’y attache bien souvent, même s’il lui arrive de n’en être pas conscient. Ce manque de lucidité, c’est l’ignorance de l’origine de chaque pensée. Quant à l’attachement à cet état, il est à l’origine d’un certain nombre de soucis. Cet attachement devient si fort qu’il nous contrôle et nous guide vers des fruits karmiques que nous ne désirions pas initialement. A titre d’exemple, les pensées d’être fortuné, de posséder un joli corps, d’être avec une belle femme ou un bel homme, de se délecter de mets exquis, de profiter de ses enfants et petits-enfants, en somme, de profiter de l’existence, toutes ces pensées auxquelles nous nous attachons deviennent bientôt pour nous des choses vraies. Et si une seule personne cherche à nous détourner de l’une de ces pensées, la colère nous saisit aussitôt. Il s’ensuit naturellement de mauvais fruits karmiques qui vont constituer les graines de nos futures réincarnations, durant lesquelles ces fruits vont s’exprimer. Dans la théorie des douze causes, le Bouddha a montré qu’un ressenti crée un état de conscience qui nous inspire le désir d’y demeurer, en sorte que nous voudrons trouver le moyen sans cesse d’y revenir. Or, ce désir de revenir toujours à cet état de conscience implique nécessairement une renaissance, puis la vieillesse et la mort. C’est pourquoi l’idée d’accuser l’autre d’avoir tous les torts traduit un profond attachement à notre état de conscience, mais nous renvoie également à notre ignorance concernant l’origine de chaque pensée.

Souvent des maîtres bouddhistes ont affirmé que la pratique bouddhiste consiste à chercher querelle aux autres. Un pratiquant bouddhiste doit en effet dépasser la peur de poser des problèmes aux autres. Ce petit texte a été écrit pour montrer que la source des problèmes vient, non pas des autres, mais de nos propres attachements internes. En tant que bouddhiste, notre rôle est de pointer du doigt chez autrui la cause réelle des problèmes.

Au reste, le maître Guang-Qin a expliqué que celui qui rencontre quelque souci ne doit pas s’employer immédiatement à converser avec quelqu’un, car sa parole serait le vecteur d’ennuis supplémentaires, mais qu’il doit réfléchir en soi-même au problème qui le travaille. Il est bon, affirme-t-il, de saluer le Bouddha, ce qui a pour effet de réduire l’influence des fruits karmiques négatifs. Il faut également éviter de parler en bien ou en mal d’autrui, car ce sont là des jugements de notre propre fabrication. Un véritable pratiquant considère tous les êtres sensibles comme autant d’occasions de progresser.

Voilà le partage que je voulais offrir aux lecteurs, en espérant qu’ils parviendront à rompre l’ignorance concernant l’origine de chaque pensée, à réduire le nombre et l’intensité de leurs attachements et à trouver la paix en eux-mêmes.

(Ce livre est disponible sur Bookelis)

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