Menu Fermer

Comment pratique-t-on le bouddhisme ?

Bienvenue parmi nous pour cette série de questions/réponses. Nous allons nous interroger aujourd’hui sur la manière dont nous devons pratiquer le bouddhisme. Nous en profiterons pour nous demander comment les gens ordinaires peuvent apprendre le bouddhisme.


Il peut leur arriver de se rendre dans une bibliothèque ou dans une librairie, d’y choisir un livre sur le bouddhisme et de le consulter chez eux. S’il leur vient l’envie d’en savoir plus sur ce sujet, peut-être trouveront-ils un moment disponible ici et là pour écouter un maître bouddhiste ou pratiquer chez eux. Ce type de cheminement ne change pour autant absolument rien à leur vie, puisqu’ils n’apprennent le bouddhisme que très ponctuellement, lorsqu’ils en trouvent le temps ou qu’ils le veulent. Ils auront néanmoins appris sans doute certaines choses.

Nombreuses sont les personnes dont le premier contact avec le bouddhisme s’est ainsi déroulé. Quelle qu’en soit la nature, ces personnes méritent d’être félicitées, car ce premier pas est toujours le plus difficile. Naturellement, nous leur souhaitons de s’investir bien plus profondément dans le bouddhisme. Pour celles cependant qui ne souhaitent pas pousser plus loin leurs investigations, l’avantage est que leur vie reste globalement inchangée. L’inconvénient en revanche, c’est qu’elles ne descendent jamais dans les profondeurs du bouddhisme.

Les gens qui débutent ainsi dans le bouddhisme et demeurent au niveau des flots de surface développent un certain goût de l’échange : ils aiment ces joutes verbales où les opinions se confrontent ; mais dans la mesure où ils n’ont du bouddhisme qu’une vision superficielle, il leur est impossible de déterminer, lors de ces verbiages, qui a raison et qui a tort.
Les gens qui se bornent à apprendre le bouddhisme de cette manière ne sont enseignés ni suivis par aucun maître, si bien que nul ne peut leur dire si leur point de vue est juste ou non. Ils attribuent à leurs préjugés et à leur expérience personnelle un caractère de vérité et, en définitive, aboutissent à toutes sortes d’aprioris. Pourtant, paradoxalement, ils penseront avoir des connaissances pointues sur le bouddhisme, alors que l’impasse dans laquelle ils sont les retient toujours. Voilà les inconvénients que présente une connaissance très superficielle du bouddhisme. Pour autant, ces gens ont effectué avec succès la première étape et méritent pour cela d’être congratulés.

Il faut rappeler toutefois certaines choses à la mémoire de ceux qui veulent pratiquer le bouddhisme, même s’ils ne souhaitent le faire que ponctuellement. La première chose, c’est que le bouddhisme ne va pas à l’encontre des lois de la société. La seconde, c’est que la générosité n’est pas la seule pratique à laquelle invite le bouddhisme : il existe d’innombrables principes et pratiques.
Par ailleurs, lorsque l’on pratique le bouddhisme, la réputation des maîtres spirituels n’a pas d’importance : ce qui compte est d’être capable de déterminer si ce que dit tel maître fait écho fidèlement à ce qui est écrit dans les sutras. En outre, il est nécessaire d’éviter tous les tantras.
Si vous parvenez à respecter tout ceci, vous méritez les éloges qui s’imposent ! Puis, si, ayant appris ainsi durant un certain temps, vous éprouvez le souhait d’aller plus loin au sujet de la vraie nature du bouddhisme et de tout ce qu’il représente et signifie, nous voudrions vous faire quelques recommandations et vous expliquez comment persévérer dans la pratique du bouddhisme.
Il est assez rare que nous progressions si nous étudions seuls dans des livres : nos propres interprétations de ces écrits endiguent notre évolution. La voie la plus sûre est peut-être bien de pratiquer au sein d’une association. Naturellement, cela exige de trouver du temps. Beaucoup de gens pensent que cet engagement impliquerait de grands changements dans leur vie, qu’ils devraient en bouleverser l’organisation. Pourtant la plupart des associations n’espèrent votre présence qu’une fois par semaine, durant deux ou trois heures tout au plus : cela ne représente finalement que peu de contraintes.

Comment pouvez-vous choisir votre association ? Ce choix est important, car si vous optez pour le mauvais centre de pratique, vous prenez le risque de perdre votre temps et d’entretenir des visions erronées du bouddhisme. En dernière analyse, vous vous éloignerez de la sagesse authentique. Nous allons donc à présent vous expliquer comment il vous est possible de faire le bon choix.
Souvent nous nous arrêterons à la façade qu’offre le centre de pratique. Mais la façade signifie peu de choses, car il est possible que derrière les murs du bâtiment se trouve un centre taoïste, et vous seriez bien en peine, du coup, d’y pratiquer le bouddhisme ! Il vaut donc mieux choisir un centre proprement bouddhiste.
Vous pouvez également faire attention à certaines choses très simples. En premier lieu, évitez les centres dont les membres présentent des attitudes très étranges, avec des statues tout aussi curieuses. Même si c’est là un centre bouddhiste, je vous recommande de vous en éloigner, car un véritable centre bouddhiste ne cherche pas à établir un décorum complexe : il est propre et d’une noble sobriété. Si vous franchissez le seuil d’un temple bouddhiste et que vous y trouviez de nombreuses images plus ou moins saugrenues, parfois aussi des images tantriques ou représentant un acte sexuel, partez. De surcroît, le bouddhisme ne s’oppose pas aux principes de la société. C’est pourquoi, si vous trouvez dans un temple des iconographies qui vont à l’encontre des principes sociétaux, sortez-en. Recherchez donc un temple qui offre un extérieur propre, sérieux et de noble sobriété.

Le second point sur lequel vous devez vous attarder concerne le maître bouddhiste lui-même : il s’agit de déterminer si c’est ou non un bon maître. Les préceptes que respecte ce maître permettent également de savoir si le temple que vous visitez convient ou non. Ce maître ne doit pas violer les préceptes du Bouddha. S’il adopte une attitude douteuse et qu’il demande à ses disciples de ne pas juger ses choix en prétextant qu’ils ne sont pas prêts à en comprendre la signification, détournez-vous de lui. A première vue, ce type d’explications offre une certaine cohérence. Mais il faut dire les choses comme elles sont : autrefois, les maîtres du bouddhisme zen avaient des comportements étranges, bien qu’exclusivement avec leurs disciples les plus proches. Par exemple, certains contes zen racontent que tel maître avait brûlé une statue du Bouddha parce qu’il avait froid, ou qu’un autre avait utilisé une feuille de sutra pour s’y moucher ; mais chaque fois, c’était quand ils étaient en présence seulement de leurs plus proches disciples, en vue de les conduire plus vite à l’illumination. Lorsque nous découvrons ce genre d’actions, il nous faut faire montre de la plus grande vigilance, au risque sinon que les gens nous prennent pour des fous. Ces maîtres étaient illuminés et avaient un but précis pour leurs disciples les plus proches de l’illumination. Mais si ce type de comportement est adopté face à n’importe qui, sortez immédiatement du temple.
L’essentiel est que le maître ne perde pas de vue les préceptes et que son enseignement corresponde à ce que disent les sutras. Il vous faut déterminer, lorsque vous écoutez ses discours, s’il critique les gens ou bien la vision erronée.

Dans le sutra des préceptes pour les Upāsaka, il est question parfois des visions hérétiques : le Bouddha y explique que certains disciples devront étudier les visions erronées afin d’en identifier les erreurs. Il est essentiel en effet de renoncer à ces visions erronées, et le fait d’adopter une telle attitude est déjà caractéristique des véritables bodhisattvas. Ces derniers ne critiquent pas gratuitement, ils s’emploient juste à dissiper les illusions.
Dans le « Dighanikaya Agama Sutra », et plus précisément dans l’une de ses parties traduites en anglais sous le titre « Travelling and practicing’s scripture, Volume III », le Bouddha interrogea ses disciples s’ils devaient croire aveuglément ce qu’un maître ou un moine leur disaient. Le Bouddha leur recommanda alors de s’appuyer sur les sutras pour s’assurer que les propos entendus étaient vrais ou non, de s’appuyer sur son enseignement. Il les invita plus particulièrement à considérer la loi du karma et à observer les causes et les conséquences, afin de voir si les discours et la vie du maître ou du moine s’y accordaient. Ceci signifie que, quel que soit l’enseignement que vous avez entendu, pensez-y avec soin afin de déterminer si cela est cohérent par rapport au dharma, l’enseignement du Bouddha.

Ce fut toujours ce genre de propos que tint le Bouddha face aux discours suspects. Si vous vous rendez dans un centre bouddhiste, employez cette méthode, et si le discours que l’on vous sert ne correspond pas à l’enseignement du Bouddha, qu’il s’agisse peut-être même de visions erronées, il faut le signaler ouvertement à l’orateur, lui demander des explications.
Il vous est loisible d’agir ainsi dans n’importe quel centre bouddhiste, ou de vous interroger même lors de la lecture d’un ouvrage. Si, donc, vous désirez devenir bouddhiste, vous devez activer votre faculté de réflexion : ce que l’on vous dit est-il logique, et dans le cas contraire, où y a-t-il une incohérence ? Un vrai bodhisattva en effet n’aime pas se laisser abuser par des visions erronées. Il préfère y pointer du doigt les erreurs, et c’est là le témoignage de sa grande compassion. Il ne critique pas le comportement, l’apparence, la vie privée des gens, mais il se borne à signaler les erreurs que renferment les discours qu’il reçoit.

Pour résumer à présent la manière dont vous pouvez choisir un lieu de pratique idoine, nous vous proposons ceci :

  1. Ne violez pas les préceptes que vous vous êtes engagé à suivre. Si un maître souligne les erreurs contenues dans un discours, il ne viole nullement les préceptes. Le Bouddha lui-même mit en évidence l’ignorance des hérétiques ou de ses disciples. Le fait de montrer le chemin juste n’est donc en aucune façon une violation des préceptes.
  2. La sobriété du lieu est garante de sa qualité.
  3. De quoi les discours de l’orateur, du maître sont-ils faits, quels enseignements contiennent-ils ? S’ils exhortent à la générosité, c’est une bonne chose, mais s’ils ne parlent que de cela, nous vous recommandons de trouver un autre centre car la pratique de la générosité ne représente qu’une partie de ce qu’est le bouddhisme. Les discours doivent vous montrer comment, étape par étape, vous pouvez accéder à la bouddhéité. Si le maître est incapable d’un tel discours, nous vous invitons, là aussi, à vous en détourner.

Nous disons donc, en somme, que le premier pas vers le bouddhisme mérite d’être loué, mais que si, ensuite, votre évolution se paralyse, la meilleure manière de la remettre en mouvement consiste à rejoindre une association dont le lieu soit sobre, dépourvu de trop d’effets et dont le maître, dans ses discours, soit tel que nous vous l’avons décrit.

Nous nous arrêtons là aujourd’hui.

Amitofo.

Partagez notre contenu sur