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Le roi éléphant

(Jataka)

Cette histoire remonte à des temps fort anciens. Une forêt abritait un troupeau d’un demi-millier d’éléphants. Son chef, qui n’arborait pas moins de six défenses, avait une compréhension précise de l’enseignement du bouddhisme, et souhaitait devenir un bouddha. Cet animal était accompagné de deux femelles, dont l’une était plus proche de lui que ne l’était l’autre. Un certain jour, l’éléphant trouva une fleur de lotus et l’offrit à la femelle la plus importante pour lui, ce qui rendit l’autre jalouse et lui fit former le vœu de tuer un jour sa rivale. Cependant, prisonnière de sa haine, elle mourut peu après et ne put donc accomplir son vil dessein.


Elle se réincarna alors très vite dans le corps d’une jeune fille. Celle-ci était d’un esprit très vif et savait lire dans les astres, à tel point même qu’elle y savait prédire l’avenir. Le roi, ayant eu connaissance de cette femme extraordinaire, la rencontra et en fit son épouse. Elle l’aida à gouverner son pays, et le fit avec tant d’intelligence qu’elle était adorée du peuple. Un jour, elle eut un rêve et le partagea avec le roi :

« Cher époux, j’ai rêvé cette nuit d’un éléphant armé de six défenses, et j’ai besoin de les avoir toutes. Je mourrai sans doute de ne les pas posséder rapidement !

– Mais, enfin, ma femme, ne savez-vous pas qu’aucun éléphant ne possède six défenses ? fit le roi, étonné.

– Non, non ! objecta la reine. Je vous assure que mon rêve n’était point un mensonge. Nous devons nous rendre dans la forêt et retrouver cet animal extraordinaire. »

Après que la reine eut vainement tenté de convaincre le roi de mener à bien sa folle ambition, elle entreprit un jeûne qui suffit à le persuader de changer d’avis : il organisa donc un voyage pour trouver l’animal aux six défenses. L’on apprit alors qu’il existait bien un tel éléphant, mais qu’il vivait très loin. Il était nécessaire par ailleurs de prendre certaines précautions : en particulier, il fallait que le chasseur chargé d’abattre le pachyderme se couvrît avec les vêtements d’un moine afin de pouvoir approcher le pieux mammifère. Puis, lorsqu’il s’en serait suffisamment approché, il pourrait l’abattre et en prélever l’ivoire.

Le chasseur suivit donc les consignes qui lui avaient été communiquées et put trouver l’éléphant. Il s’en approcha et, lorsque l’animal baissa sa garde, se saisit de son arc et en perça le cuir avec de puissantes flèches. L’éléphant, d’abord violemment étourdi, s’étonna de ce qu’on voulait le tuer, puis parvint à communiquer par la pensée avec le chasseur, qui reçut clairement le message que l’animal venait de lui envoyer. L’éléphant lui apprit ensuite qu’il n’était point attaché à son corps et que le fait de le tuer ne changerait rien au fait qu’il serait toujours un grand bodhisattva. Ce moment lui était donc tout à fait opportun pour pratiquer la patience et la tolérance. Il souhaita enfin à ceux qui acquerraient ses défenses de pouvoir se libérer des trois poisons (l’ignorance, la colère et l’avarice) et de pratiquer la générosité. Ayant ainsi pensé, il mourut.

Le chasseur fut saisi de compassion en entendant ce message. Aussi, après qu’il eut arraché les défenses du cadavre, il couvrit ses traces afin que nul autre chasseur ne pût tuer d’autres éléphants du troupeau. Ces derniers furent bientôt mis au fait de ce qui était arrivé et recherchèrent l’assassin de leur chef. Ils n’y parvinrent cependant pas, toutes traces ayant été effacées, et n’eurent que leurs yeux pour pleurer. Lorsque le chasseur revint avec l’ivoire et le présenta au roi, celui-ci en éprouva une vive honte. La reine vit les défenses à son tour, et la foudre, brisant le ciel au même instant, s’abattit sur elle et la tua.

Nous aurons deviné que l’éléphant aux six défenses était l’une des vies passées du Bouddha Sakyamuni, et que la reine était cette éléphante qui, aux yeux du chef des éléphants, avait passé jadis au second plan derrière sa favorite. Ce récit nous enseigne que, à l’instar de l’éléphant, un bodhisattva doit pratiquer la générosité vie après vie, même lorsqu’il doit se mettre en danger, et ne doit former d’autre désir que de voir tout un chacun atteindre la bouddhéité.

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