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Le roi des cerfs

(Jataka)

Il existait autrefois un cerf majestueux. Les cinq couleurs irisées qui illuminaient sa robe avaient fait de lui le roi de plusieurs centaines de milliers d’autres cervidés. Il vint un jour où un roi partit en chasse et abattit un grand nombre de ces nobles animaux, ce qui ne manqua pas d’inspirer chez le roi des cerfs la plus grande tristesse. Aussi ce dernier décida-t-il de partir seul à la rencontre du roi.


Lorsqu’il pénétra dans la ville où vivait le roi, les citadins, apercevant l’extraordinaire mammifère, crurent tant qu’il s’agissait d’un animal céleste qu’ils n’osèrent pas lui causer le moindre tort. Au moment où il parvint devant le roi, il s’inclina, puis lui rappela par la pensée que tous les êtres sensibles étaient attachés à leur propre vie. Il lui demanda alors, dans l’idée de trouver un commun accord et d’éviter que de nouveaux massacres eussent lieu, de quelle quantité de viande il avait besoin.

« Certes, je serais heureux si je pouvais avoir un cerf par jour. Si vous pouvez satisfaire mon souhait, je vais essayer d’arrêter de chasser.»

Cette pensée détermina le cerf à retenir parmi son peuple un animal qui serait sacrifié pour satisfaire le désir de ce roi. Or, il se trouva un peu plus tard qu’une biche attendait un petit. Elle confia alors au roi des cerfs qu’elle était prête à donner sa vie au roi des hommes après qu’elle aurait mis bas, à condition qu’on ne fît pas de mal à son faon. Le roi des cerfs lui donna son accord, mais en vérité, c’est lui-même qui vint trouver le roi, résolu à se donner en sacrifice à lui à la place de la biche. Le roi, ayant appris cela, fut saisi tout à la fois de compassion et de honte car il reconnut dans le roi des cerfs un être d’une grande miséricorde envers son peuple, cependant que lui-même n’avait d’autre préoccupation que de tuer des animaux pour son bien-être personnel. Cette rencontre avec le roi des cerfs fut si bouleversante pour le roi qu’il décida de renoncer définitivement à se nourrir de la chair des animaux, et qu’il fit interdire dans son royaume toutes formes de chasse. Ainsi, le peuple des hommes et le peuple des cerfs purent vivre en paix l’un avec l’autre.

Le roi des cerfs était l’une des existences du Bouddha Sakyamuni, qui enseigna les hommes sur la nature même de la compassion : la compassion n’est pas simplement une idée ou une parole. La compassion grandit dans l’action, dans le sacrifice de soi et dans le désir profond d’établir avec les autres les meilleures relations possibles. Les sutras racontent que, bien plus tard, les membres du peuple des cerfs et du peuple du roi devinrent tous des disciples du Bouddha.

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