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La jeune fille qui devint Ksitigarbha

(Jataka)

« Ksiti » signifie « la terre » et « garbha », « conteneur ». Ksitigarbha est le nom d’un bodhisattva qui, comme notre Terre, est capable de tout supporter et de tout pardonner. Il est aussi connu pour ne s’occuper que des êtres qui séjournent en enfer, ayant fait le grand et incomparable vœu de vider les enfers de leurs damnés.

Il y a fort longtemps vivait une jeune fille, Anna[1], qui était aimée de tous. Issue d’une riche famille aristocrate, elle pratiquait efficacement le bouddhisme, et les dieux n’économisaient pas leurs forces pour la protéger. Sa mère, Yue-di-li, en revanche, lui était en tous points opposée : elle proférait beaucoup de mensonges et niait en bloc tout l’enseignement du Bouddha[2].


Anna tenta bien de guider sa mère afin qu’elle cultivât elle-même la vision juste, mais cette dernière rejeta cette proposition. Elle décéda peu après, à un âge encore fort jeune, et fut jetée en enfer. Anna n’ignorait pas cette issue fatale et fit montre de beaucoup de générosité envers les pauvres par exemple, ou en faveur de la construction du temple, et pria pour que les bénéfices de sa libéralité fussent retournés à sa mère. Lorsqu’elle vit une statue du Bouddha dans un temple, elle se mit à prier :

« Vous avez en vous la sagesse infinie, dit-elle, et si je vous demande où se trouve aujourd’hui ma mère, vous avez sans nul doute la réponse. »

Une voix descendit alors du ciel, qui lui dit :

« Je suis le Bouddha de l’Illumination et de la parfaite Tranquillité et vais te montrer où est Yue-di-li. Rentre chez toi, entre en méditation, et lorsque ce sera fait, je t’indiquerai le chemin. »

Anna obéit à cette injonction et médita un jour et une nuit. Alors qu’elle était ainsi plongée en elle-même, elle éprouva cette impression curieuse d’être soudain en enfer. Les images qui lui apparurent étaient terrifiantes, et les esprits qui peuplaient ces visions étaient d’une terrible laideur. La jeune fille, comme elle ne cessait de réciter le nom du Bouddha, empêchait ainsi les mauvais esprits de l’approcher. L’un d’eux, qui dirigeait les autres, lui fit visiter bientôt les lieux et lui exposa les lois qui les régissaient.

« Comment est-il possible que des êtres puissent venir dans ce séjour épouvantable ? demanda Anna.

– S’ils ont commis beaucoup de fautes, ils échouent nécessairement dans ces lieux. Dans votre cas particulier, c’est votre concentration et vos pouvoirs qui vous ont permis d’en franchir les portes.

– Et ma mère, où est-elle ?

– Dites-moi son nom.

– Yue-di-li. Elle est issue d’une famille aisée.

– Ne soyez pas triste, Anna : votre mère n’est plus ici depuis trois jours, et votre générosité en est la cause. Un bouddha est venu la chercher, emmenant avec lui aussi tous ceux qui souhaitaient partir à ses côtés. »

Ayant dit cela, l’esprit se retira. Après qu’elle fut sortie de sa méditation, elle fit la promesse, devant la statue du bouddha, d’aider sans exception et durant des temps immémoriaux, tous les êtres qui souffrent, et de donner à chacun d’eux tout ce qui était en son pouvoir pour qu’il fût libéré de sa souffrance.

L’esprit qui avait guidé Anna est devenu aujourd’hui un bodhisattva de la grande fortune. Quant à Anna, elle se réincarna plus tard sous les traits du grand bodhisattva Ksitigarbha. Le Bouddha Sakyamuni précisa que Ksitigarbha, depuis déjà un long moment, reformule régulièrement ce grand vœu et s’est engagé à ne devenir jamais un bouddha aussi longtemps que les enfers ne seraient pas vides.

[1] Le nom est fictif.

[2] A l’époque, le Bouddha présent était celui dit de l’Illumination et de la parfaite Tranquillité.

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