
« L’histoire de Funa recevant une rétribution immédiate pour avoir offert de la nourriture en aumône dans un bol au Bouddha » parle des mérites obtenus par un certain Funa après avoir offert un bol de nourriture au Bouddha ; cela provient du Samyuktaratnapitaka Sutra (Sūtra des trésors divers), volume 4.
À l’époque du Bouddha, cinq frères pratiquaient les enseignements de sectes non bouddhistes. L’aîné se nommait Yasa, le deuxième, Vimala, le troisième, Gavampati, et le quatrième, Sudāyi. Désireux de renoncer aux désirs mondains et de cultiver la voie spirituelle, ces quatre frères aînés se retirèrent dans les montagnes pour pratiquer la méthode des voies non bouddhistes. Ils ont pratiqué très sérieusement et ont obtenu les cinq pouvoirs surnaturels, à savoir la clairaudience, la clairvoyance, la connaissance des vies antérieures, la connaissance du cœur d’autrui, et le pouvoir supranormal du voyage spirituel.
Le miracle du riz doré
Parmi ces cinq frères, seul le plus jeune, Funa, n’a pas suivi ses quatre frères aînés dans les montagnes pour cultiver la voie spirituelle. Il est resté dans son village natal où il vivait de l’agriculture. Un jour, Funa fut transporté de joie en voyant le Bouddha, qui rayonnait d’une présence majestueuse et sublime, arriver au village pour mendier sa nourriture. Comblé d’une immense allégresse, il remplit le bol du Bouddha du meilleur riz blanc qu’il possédait et le lui offrit avec la plus profonde dévotion. Après avoir fait son offrande, Funa rentra chez lui, le cœur empli de bonheur et continua à travailler la terre jusqu’au coucher du soleil.
Le lendemain, lorsque Funa sortit de chez lui, prêt à aller aux champs, il découvrit soudainement que les plants de riz, auparavant flétris, s’étaient transformés en tiges de riz doré. Ils rayonnaient d’une douce lueur dorée et avaient poussé, devenant hauts, vigoureux et fournis, s’élevant à plus d’un mètre de hauteur et ployant sous le poids d’une récolte abondante.
Funa moissonna une partie des plants de riz dorés, et une chose incroyable se produisit. Chose étrange, alors que le riz nécessite généralement un certain temps pour repousser après la récolte, ces plants de riz repoussèrent très vite et repartirent aussitôt. Cette petite acre de champ, quelle que fût la quantité moissonnée, la récolte semblait inépuisable. Une fois la nouvelle répandue, le roi lui-même, accompagné de ses ministres, se rendit en personne dans les champs pour récolter ce riz doré miraculeux. Tous les habitants de la ville vinrent avec curiosité pour moissonner le riz de Funa, mais tout comme auparavant, ils ne parvinrent pas à tout récolter.
La visite des frères aînés et leur offrande
Plus tard, les frères aînés qui cultivaient leur spiritualité au cœur des montagnes pensèrent à leur jeune frère vivant dans la pauvreté en bas de la montagne. Ils se dirent que, ayant acquis les cinq pouvoirs surnaturels grâce à leur pratique spirituelle, ils devaient descendre de la montagne pour lui rendre visite et voir si sa vie s’était un peu améliorée. Ainsi, ils descendirent ensemble pour voir si ce jeune frère avait maintenant une vie stable ou s’il était toujours aussi pauvre.
Contre toute attente, ils découvrirent que leur frère cadet, en très peu de temps, était devenu un homme d’une telle richesse qu’elle surpassait même celle du roi. Étonnés, ils lui demandèrent donc :
« Tu étais autrefois extrêmement pauvre; comment as-tu fait pour échapper à la pauvreté et acquérir une telle richesse ? »
Ce frère cadet répondit :
« J’ai vu le Bouddha, et parce que je lui ai offert un bol de riz en aumône, j’ai obtenu une telle rétribution karmique. »
Après avoir entendu cela, ces quatre frères qui étaient dans la montagne pour pratiquer la voie spirituelle furent remplis d’une joie immense et très enthousiastes. Ils dirent à leur jeune frère : «Nous sommes restés dans la montagne pour pratiquer la voie spirituelle et nous ne cultivons plus la terre. Pourrais-tu nous aider à faire des boulettes de riz afin que nous puissions en tenir une pour l’offrir au Bouddha, avec le vœu de renaître dans les royaumes célestes. »
En d’autres termes, ces quatre frères aînés étaient tout comme leur frère cadet : leur unique motivation, en faisant des offrandes au Bouddha, était d’obtenir une renaissance dans les royaumes célestes. Avec un cœur d’une sincérité absolue, chacun d’eux apporta une boulette de riz et se rendit à la résidence du Bouddha pour solliciter la bénédiction d’une renaissance dans les royaumes célestes.
L’enseignement du Bouddha et la réalisation
- Le frère aîné prit une boulette de riz et la plaça dans le bol du Bouddha. Le Bouddha le bénit, lui expliqua l’enseignement et dit : « Toutes les actions sont impermanentes ! »
- Le deuxième frère plaça de la même manière la boulette de riz dans le bol du Bouddha, qui accepta son offrande et continua en disant : « C’est la loi de naissance et de disparition ! »
- Le troisième frère offrit également une boulette de riz au Bouddha. Le Bouddha lui exposa aussi un enseignement : « Il n’y a ni naissance ni cessation ! »
- Le quatrième frère suivit et plaça sa boulette de riz dans le bol. Le Bouddha accepta son offrande et lui prodigua cet enseignement : « L’extinction est l’état de Nirvâna, il est le bonheur absolu ! »
Après avoir fait leurs offrandes, ces quatre frères se retirèrent dans un lieu isolé. Ils se rassemblèrent et se demandèrent mutuellement : « Quel est l’enseignement que le Bouddha vous a enseigné ? » L’aîné dit : « J’ai entendu : « Toutes les actions sont impermanentes ! » » Le deuxième frère déclara : « Ce que le Bouddha m’a enseigné, c’est la loi de naissance et de cessation. » Le troisième frère poursuivit : « L’enseignement que j’ai entendu était qu’ il n’y a ni naissance ni cessation ! » » Le quatrième frère dit : « Ce que j’ai entendu, c’est : « L’extinction est l’état de Nirvâna, il est le bonheur absolu ! » »
Ils ont rassemblé ces quatre versets, les observés directement et contemplés : « Toutes les actions sont impermanentes ; c’est la loi de naissance et de disparition; il n’y a ni naissance ni cessation : l’extinction est l’état de Nirvâna, il est le bonheur absolu ! »
Suite à cela, ils se séparèrent tous des trois nœuds, et même des cinq attachements inférieurs, et réalisèrent le fruit d’Anagamin. Ils allèrent donc tous devant le Bouddha, demandant l’ordination bouddhiste. Le Bouddha accéda avec compassion à leur demande et les ordonna. Les quatre frères aînés atteignirent ainsi finalement tous le fruit de l’état d’Arhat.
Le champ de mérites ultime et inégalé
Le Sutra de la Grande Compassion dit :
[Parmi tous les champs de mérites, le Bouddha considère que témoigner de la générosité envers lui est le plus suprême ! Le Bouddha est le roi ! Pour quelle raison ? Celui qui fait preuve de générosité envers le Bouddha n’épuisera pas les mérites qu’il en aura obtenus, contrairement à ce qu’on peut osberver avec les rétributions karmiques ordinaires. Ananda ! Les bouddhas qui se conforment au juste chemin de la pratique, permettent à ceux qui leur font des offrandes de constituer un champ de mérites ultime et inégalé. Pour tous les donateurs envers le champ de mérites lié au Bouddha, ils atteindront inévitablement le terme ultime du Nirvana, c’est-à-dire le premier Nirvana.]
Dans le Sutra de la Grande Compassion, le Bouddha déclare : Parmi tous les champs de mérites, quel est le plus éminent ? La générosité envers le Bouddha — en tant que champ de mérites — est le plus éminent, le plus noble. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que ceux qui offrent l’aumône au Bouddha — ce qui constitue un champ de mérite incarnant une vertu suprême — récoltent dans le monde des bienfaits incommensurables. C’est pourquoi, après que Funa eut fait l’aumône au Bouddha, le riz doré poussa sans fin. Même le roi emmenant ses ministres pour moissonner n’a pas pu en venir à bout. C’est pourquoi il est dit : » Ce n’est pas ce que les rétributions ordinaires peuvent épuiser. »
Pourquoi en est-il ainsi ? Le Bouddha poursuit son explication: les bouddhas sont des personnes qui se conforment au juste chemin de la pratique, c’est pourquoi les gens ordinaires peuvent semer le champ de mérites ultime et inégalé.
En quoi consiste le véritable chemin de la pratique du Bouddha ? Le véritable chemin de la pratique du Bouddha est indissociable des deux voies qu’il a exposées : la voie vers l’état de Bouddha (bodhi) et la voie vers la libération. Tout l’enseignement du Bouddha ne peut s’écarter de ces deux voies. Se conformer à la méthode correcte enseignée par le Bouddha pour la pratique constitue précisément la voie juste des bouddhas.
En d’autres termes, le Bouddha peut enseigner aux êtres sensibles la méthode ultime pour sortir du cycle des naissances et des morts par segmentation (sabhāga-saṃsāra), ainsi que des naissances et des morts par transformation (pariṇāma-saṃsāra). Par ailleurs, au cours de leur pratique dans les vies antérieures, les bouddhas ont déjà complètement éradiqué :
- Les afflictions associées aux habitudes non manifestées
- les habitudes non manifestées et les afflictions supérieures liées à l’ignorance sans commencement
- Toutes les graines karmiques non manifestées de toute nature,
atteignant ainsi l’état de bouddha et parachevant la sagesse de toutes les graines karmiques présentes dans le Bouddha. C’est pour cette raison que les bouddhas peuvent être désignés comme « le champ de mérites ultime et inégalé ». C’est pourquoi il est dit ici : « Les bouddhas qui se conforment au juste chemin de la pratique, permettent à ceux qui leur font des offrandes de constituer un champ de mérites ultime et inégalé. »
