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Un yaksa vous mène à la colère 瞋恚對治鬼

Saṃyuttāgama sutra, chapitre XL 《雜阿含經》卷40

« D’après ce que j’ai entendu, raconte Ananda, il se trouvait, au pays de Vaiśamacronli, un monastère près duquel s’étendait un lac fréquenté par quelques singes. Le Bouddha, présent dans le monastère, s’adressa une fois à la communauté des moines :
« Il existait autrefois un yakṣa (Esprit fort enclin à la colère) , un esprit d’une laideur épouvantable qui, un certain jour, avait occupé le siège royal d’Indra (le trente-troisième ciel du monde du désir se nomme Trayastriṃśa, dont Śakro devānām Indra est le roi). En voyant la hideuse créature, tous les êtres de ce royaume éprouvèrent une grande rage.


Cela eut un effet tout à fait inattendu : le yakṣa se mit à augmenter de taille, et à mesure qu’il grandissait, la colère du peuple de Trayastriṃśa grandissait également ! Et ce qui, peu avant encore, était une chose d’une laideur indicible, devenait à présent de plus en plus beau.

Ce spectaculaire phénomène emplit alors de peur le cœur des êtres courroucés, si bien que plusieurs d’entre eux vinrent trouver Indra et lui dirent :

« La taille et la beauté de ce yakṣa sont plus grandes à mesure que l’est notre courroux. Que pouvons-nous faire ?

– Ce yakṣa n’est pas semblable aux autres, leur répondit Indra : il se nourrit de la colère. »

Indra ne fit rien pour détrôner ce yakṣa. Tout au contraire, il s’agenouilla devant lui et, très respectueusement, il lui déclina trois fois son identité. Trois fois alors le yakṣa perdit sa beauté, et trois fois sa taille diminua. Finalement, il disparut. C’est alors qu’Indra dit aux dieux célestes qui l’entouraient :

« Ne répondez pas à la colère par la colère. Ne répondez pas à la haine par la haine. Il faut au contraire y répondre par la miséricorde et par la compassion. Celui qui agit ainsi tarit aisément la source de sa prétention et dompte son ego. Il sera capable de dominer sa colère et sa haine. Une telle personne est véritablement sainte.

La haine est pareille à une pierre immensément lourde dans le cœur des êtres sensibles. Ou bien encore, si nous parvenons à apaiser la colère et la haine, ce tour de force est comparable au fait d’apprivoiser un cheval sauvage et de lui permettre ensuite de marcher paisiblement sur le chemin juste. Celui qui réussit cela, il est le dresseur parfait. »

Le Bouddha reprit ainsi son enseignement :

« Si Indra est le roi du trente-troisième ciel, c’est parce que la jalousie ne trouble nullement ses pensées. Il s’exerce assidûment à la générosité sans que son esprit ne soit jamais brouillé par les affres de la colère. C’est cela qui lui a valu d’être roi. Les pratiquants doivent suivre la même pratique qu’Indra et maîtriser ainsi leur colère. »

Tous les disciples du Bouddha, heureux de cet enseignement, se promirent alors à eux-mêmes de travailler selon ces recommandations. »

Commentaires

Certains les conçoivent comme des diables, d’autres comme des dieux. Les yakṣa sont souvent des êtres qui ont fait montre de générosité et qui, grâce à cela, ont pu accéder à des cieux élevés.

Il existe donc trois types de yakṣa. Certains yakṣa sont des êtres qui vivent sur la terre. Ils ne peuvent pas voler et ont un attachement particulier pour l’alcool et la viande. Mais, parce qu’ils ont été généreux, la durée de leur vie est considérable. Ce sont toutefois les yakṣa dont le niveau d’évolution est le plus faible.

La seconde catégorie concerne les yakṣa qui ont la capacité de voler, mais qui détestent rendre service et sont très avares. Pourtant au tréfonds de leur être sommeille le désir d’être généreux. Ils sont d’un caractère très fort. Les Dakini font partie de cette catégorie.

La dernière catégorie concerne les yakṣa qui disposent de palais (on les appelle maintenant les OVNI) et se déplacent toujours avec eux. La générosité est chez eux chose courante, mais ils sont jaloux. Ils apprécient en outre de débattre avec autrui.

Indra, dit-on, est le roi du trente-troisième ciel, ce qui correspond au deuxième niveau du monde du désir. Il existe en effet trois mondes dans le bouddhisme : le monde sans forme, le monde de la forme et le monde du désir auquel nous, êtres humains, appartenons. Le monde du désir est lui-même subdivisé en trois niveaux : celui où nous sommes est le premier, celui d’Indra appartient au second.

Les êtres de ce second niveau sont moins enclins à la colère que ceux qui vivent dans le premier niveau. Par exemple dans l’espace où vit Indra, une journée vaut pour nous un siècle, et l’espérance de vie y est de mille ans, soit plus de trente-six millions de nos années. Les êtres qui y vivent règnent sur quatre cieux, chacun de ces cieux dominant huit cieux plus petits. Cela fait trente-deux cieux, auxquels il faut rajouter le ciel propre à Indra, ce qui nous fait un total de trente-trois cieux.

A partir enfin du troisième niveau du monde du désir, la guerre et l’appétit guerrier disparaissent. Les gens qui y résident vivent plus longtemps encore que ceux du niveau inférieur. On y trouve d’ailleurs souvent de grands bodhisattvas. Le ciel de Tuṣita est occupé à Maitreya, le futur bouddha. Une journée dans ce ciel équivaut à quatre siècles sur Terre, et les êtres de Tuṣita vivent quatre mille ans. Les conflits n’existant plus, leur monde connaît une paix permanente.

A titre de comparaison, le monde de la forme contient dix-huit cieux, alors que le monde sans forme n’en possède que quatre.

AMITOFO.